« 2006-10 | Page d'accueil | 2006-12 »

22 novembre 2006

Quiestlemoinscher.net bientôt erreur 404 ?

medium_1.2.jpgLa nouvelle mouture de comparaison des prix en hypermarché est présentée par Michel-Edouard Leclerc comme objective ! J'avoue qu'un commerçant se montre souvent performant pour vendre sa marchandise mais le Roi de la Grande distrib nous bat tous à plate couture.

En premier lieu, Leclerc prend soin de soustraire de son panel des produits qui pourraient nuire à sa démonstration. Où sont les produits pesés : fruits et légumes, charcuterie et fromages à la coupe, poissonnerie ? Quid des marques distributeurs et des premiers prix ? Aurait-il peur d'être mal placé ? Craint-il d'être mal positionné par rapport à un spécialiste des fruits et légumes, voire même par rapport au maraîcher du quartier ?

Ensuite, l'entreprise Leclerc se présente dès son origine comme une enseigne discount. Or en l'espèce, il se compare à des hypermarchés classiques. Aurait-il peur de se mesurer aux Lidl, Aldi et autres LeaderPrice ? A l'inverse, pourquoi ne pas prendre en compte le positionnement des petits formats, ce qui aurait pour effet de montrer avec éclat le résultat de la politique tarifaire anormalement et délibérément plus élevée des centrales d'achat envers ces derniers ? medium_2.2.jpg

Notre patron éthique n'irait-il pas à contre-courant de ses nobles convictions ? Son comparateur de prix, en motivant l'alignement à la baisse des concurrents, ne va-t-il pas créer une pression supplémentaire sur les fournisseurs ? Peut-il certifier que des ordres n'ont pas été donnés antérieurement à l'étude pour que les prix Leclerc soient systématiquement baissés sur les produits du panel ? Enfin la question qui tue : le site tombera-t-il en panne si les autres groupes deviennent durablement moins chers ?

Petite citation à l'adresse du Roi de la Grande Distrib : "Lorsque l'orgueil va devant, honte et dommage le suivent". Louis XI

20 novembre 2006

Faut-il brûler Brighelli ?

medium_1.jpgPour que nos clients soient de bons soldats aux ordres de la grande distribution, encore faut-il qu'ils soient éduqués de la bonne manière. C'est-à-dire qu'ils ne doivent pas pouvoir se poser les bonnes questions.
Dans son ouvrage "La fabrique du Crétin", Jean-Paul Brighelli, en dehors de son analyse de l'éducation scolaire, expose de façon brillante de quelle façon l'avènement concomitant de l'ultra-libéralisme et du libertarisme post-soixante-huitard a habilement décervelé ce que l'économiste de la pensée dominante appelle le "consommacteur" : "il s'agissait, cette fois, de formater l'individu dont l'économie moderne avait, paraît-il, besoin : un être sans passé, sans histoire, sans bases.medium_2.jpg Un epsilon polyvalent, comme aurait dit Huxley, susceptible de passer, sans protester, de CDD en intérim et en ANPE. Un crétin, taillable et corvéable à merci, au nez duquel on agiterait le chiffon rouge des trois millions de chomeurs qui, peu ou prou, sont nécessaires à la parfaite obéissance des travailleurs intérimaires.
Tiraillée entre utopistes et opportunistes, l'école avait bien peu de chance de s'en sortir.medium_3.jpgLe système a produit ce qui lui était nécessaire : une main-d'œuvre bon marché, mise en concurrence avec un sous-prolétariat exotique (est-européen, dans la version plus purement CEE du projet), formée à une tâche précise, et surtout, débarassée de la culture globale qui lui permettait, jadis, d'analyser le système, de se représenter dans ce système - et, in fine, de le critiquer".

Bien sur, ce monsieur Brighelli est décrié par une bonne partie de ses collègues enseignants : les syndicats n'aiement pas quand le loup entre dans la bergerie. Les bien pensants de l'Education Nationale aiment brûler les sorciers qui sortent du cadre !

medium_4.jpgNotre "prof" ne nous en voudra pas si nous citons Guy de Maupassant : "Notre grand tourment dans l'existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu'à fuir cette solitude". In "Solitude"

19 novembre 2006

L'entreprenariat est-il soluble dans la mondialisation libérale ? L'exemple de la grande distribution

La grande distribution, telle qu'elle est organisée aujourd'hui, contribue largement à la mondialisation ultra-libérale.
medium_1.gifLa démonstration est implacable : pour séduire le client, il faut des prix bas. Ceux-ci s'obtiennent en étranglant le producteur ou le fabricant : "vous nous faites les meilleures conditions si vous voulez être présents dans nos rayons". Que fait l'industriel pour s'aligner ? Il baisse ses coûts de production : précarisation de l'emploi, achat de matériaux dans les pays en voie de développement, voire délocalisation.
Cette démarche économique favorise conjointement la concentration des petites et moyennes entreprises et la paupérisation du salariat et des petits chefs d'entreprise qui souhaitent rester indépendants.medium_2.gifNous passerons sur la qualité des relations dans le travail qui découle de ce libéralisme extrème. Dans la mesure où pratiquement tout le monde s'appauvrit, il devient indispensable de baisser à nouveau les prix : la boucle est bouclée...
Dans ce contexte, il faut avoir beaucoup d'audace pour se mettre -ou rester- à son compte ; ou bien beaucoup d'humilité pour accepter de courber le dos devant les exigeances de la mondialisation. Vous avez le choix entre devenir un petit patron dont le revenu sera décidé par les centrales d'achat, ou bien une caissière précaire de Aldi, ou encore un cadre surmené chez Carrefour.medium_3.gifElle est pas belle la vie ?!
Si nous ne mettons pas des garde-fous, si nous n'acceptons pas une forme de contrôle de la "main invisible", nous courons tout droit, et cela a déjà commencé, vers la disparition d'un capitalisme de taille humaine au profit d'un ultra-libéralisme débridé et castrateur.

"Etre libéral, ce n'est pas la liberté de faire n'importe quoi." Gilles de Robien in "Alexis de Toqueville"

04 novembre 2006

De grands personnages et des citations !

medium_bonaparte_n.jpg"Le commerce unit les hommes, tout ce qui les unit les coalise, le commerce est donc essentiellement nuisible à l'autorité"
Napoléon Bonaparte (ancêtre spirituel de Messieurs Sarkosi et consors...)

medium_montesquieu.jpg"L'histoire du commerce est celle de la communication des peuples". "Le commerce est la chose du monde la plus utile à l'état"
Montesquieu.
Ce qui explique sans doute l'invention de la taxe professionnelle (assise sur les investissements de l'entreprise) et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

medium_Honore-De-Balzac-1799-1850-in-His-Monks-Habit-1829-Giclee-Print-C11720730.jpeg"Les gens généreux font de mauvais commerçants"
Honoré de Balzac

medium_sabatier.jpg"Lorsqu'un commerçant affirme que le client est roi, méfions-nous de la guillotine !"
Robert Sabatier

medium_joseph_chamberlain.jpg"Le commerce est le plus grand des intérêts politiques"
Joseph Chamberlain - Discours de Birmingham du 13 novembre 1896.
C'est pour cette raison que nos politiciens se souviennent des petits commerçants uniquement la veille des échéances politiques !

medium_1015_james_joyce.jpg"Voilà ce qui fait le bon commerçant. Il vous fait acheter ce qu'il a besoins de vendre".
James Joyce dans "Ulysse"

medium_emile-zola.jpgLe meilleur pour la fin : "Toute l'industrie, tout le commerce finira par n'être qu'un immense bazar unique, où l'on s'approvisionnera de tout".
Emile Zola dans "L'Argent".
Avec la généralisation aujourd'hui des grandes surfaces, cet homme était un génie de la prospective. Nous reparlerons de lui.

Envoyez-nous des citations que nous mettrons en lignes !

Allez voir ce film...

medium_affiche_AL.2.jpgmedium_chantal_briet.jpgCe film est un condensé de la vie d'un commerce de proximité et c'est Chantal Briet, auteure du film, qui en parle le mieux :

"Lorsque je suis entrée pour la première fois dans l'épicerie de la Source à Epinay-sur-Seine, Ali m'a offert le café - servi sur les congélateurs, entre la machine à jambon et le journal destiné à tous... Les clients et les habitués qui défilaient chez lui racontaient comme à l'habitude les mini-événements de leur vie... la pluie, le beau temps, les angoisses du moment, la vie dans la cité, les émissions télé...

De ces diverses conversations sortaient des accents de solitude, de détresse, mais aussi beaucoup de bonne humeur et une sacrée dose d'humour - comme pour laisser passer le goût un peu amer de la vie...

C'était en 1999. J'ai rendu des visites régulières à Ali pendant plusieurs mois, surtout le matin, pour partager le rituel du petit déjeuner avec Jeanine, Bertho, Jamaa et les autres... Je crois bien que je suis devenue, moi aussi, une habituée...

J'ai rapidement compris que ce lieu me donnerait la possibilité de poursuivre ma quête : filmer le temps dans un lieu, filmer le temps qui passe sur des êtres, des visages, et sur leurs destinées. Filmer également une manière d'exister ensemble - un petit "commerce", qui reprendrait à son compte l'origine du mot lui-même : un lieu d'échange, on l'on s'alimenterait de manière générale..."

Film sorti le 1er novembre 2006

Toutes les notes